samedi 12 janvier 2013

Jour 14, part. 2 - Welcome to America - Jake

Cette fois-ci ce n'est pas en faisant les courses, mais en cherchant un toit que nous avons fait la deuxième rencontre marquante du trip. 
En arrivant à Page, la pluie nous ayant poussé à chercher un motel, c'est après avoir repéré dans le Routard un motel à l'ambiance "Tom & Jerry", qu'on débarque au Lake Powell Motel (plus que fortement conseillé si vous restez à Page). 
Après 2 passages devant un bureau fermé, notre persévérance nous permet d'enfin trouver le gérant: un bonhomme multitask, répondant au nom de Jake. Malgré un client au comptoir, un autre au téléphone, c'est d'un air sûr qu'il nous a balancé"Ladies, I'm sure I've got something for you, please wait."

Bien qu'elles n'aient pas eu l'occasion de ne dire ne serait-ce que "Hello!", comme c'est un peu notre dernière chance de dormir au sec, les filles attendront sagement que le monsieur se libère. Tout le temps de le dévisager: grand, bon disons carrément la stature d'Hulk, sauf qu'il n'est pas vert, mais a quand même des super-pouvoirs.
En 15 minutes, il a réussi à loger: le gars au comptoir, un couple de retraité arrivé peu de temps après et à gérer plusieurs appels téléphoniques. Conclusion: c'est un surhomme, il arrive à faire plus de deux choses en même temps! 

A notre tour enfin! On lui explique qu'on a juste besoin d'un toit au dessus de notre tête. Il nous donne alors le choix entre deux chambres dans un bed and breakfast chez lui, et une chambre avec lit double et canapé-lit. Il nous laisse réfléchir pendant qu'il s'occupe d'un autre client. On vote pour le bed and breakfast...
SAUF qu'à un moment, Gaou réalise qu'en fait ce serait CHEZ LUI (principe de base du B&B), se sentant tout de suite moins à l'aise au vue du gabarit de Jake. Ca ressemble à un pile ou face: soit on passera dans les faits-divers quelques jours plus tard avec un titre du genre "Quatre jeunes touristes françaises, victimes de leur naïveté, ont été retrouvées....", soit on a l'occasion de partager des moments avec un local. On choisit face... 

Histoire d'alimenter les imaginations les plus débordantes, il y avait une une photo assez intrigante de lui dans le fond de son bureau. Voyant nos visages interrogatifs, il nous explique qu'elle date du temps où il était flic. Décidément, il a pensé à tous les détails ce "tueur en série": faire croire qu'il était policier pour rassurer!
Et c'est ainsi qu'il commence à se méfier d'Eszter qui arbore un bandana rouge dans les cheveux: du temps de son ancien métier, c'était un signe de reconnaissance entre gangsters! 

Bref, une fois son coup de fil fini, il ne se contente pas de nous donner son adresse: il nous guide avec sa voiture, jusqu'à chez lui! Et du coup, j'ai vite compris pourquoi ce mec n'arrêtait pas de faire des allers-retours bureau-je sais pas où, pendant que les filles attendaient dans le bureau. 

La maison est gigantesque, vraiment clean, et so American

aaah le drapeau US devant la maison: énorme cliché! 

le méga pick-up qui consomme plus de 40L aux 100, normal! 

une des chambres, plutôt spacieuses 

ET il y a une vue magnifique sur le barrage, la magie se met en route. Il nous quitte pour retourner à son bureau et s'occuper de nouveaux arrivants. Le soir nous avons donc pu rencontrer un couple d'autrichiens.

Dans une cuisine tout équipée (il y a même deux fours),  on prépare un repas chaud et un dessert à partager avec notre hôte et nos colocataires d'un soir. Une fois revenu de sa séance d'entrainement (il est du genre accro à la muscu, et se nourrit essentiellement de protéines en poudre, autre cliché...), il nous avoue qu'il a rendez-vous avec des amis dans un bar, mais n'a pas franchement envie d'y aller. 
Etant d'une délicatesse sans précédent, nous insistons bien sûr pour savoir pourquoi il ne veut pas y aller?! Et là c'est un tout autre homme que nous avons découvert et qui est sorti de sa carapace petit à petit: un grand nounours très sensible, avec un coeur gros comme ça. Ce qui a eu le don d'en faire craquer certaines... 

C'est ainsi que nous avons appris que Jake:
- était mormon (encore un! comme Shelby - ils sont sympas ces Mormons)
- était flic mais avait fini par changer de vie car ce métier l'avait aigri: c'est fou, il est passé du mec qui se méfiait de l'espèce humaine et à celui qui est forcé de côtoyer/cohabiter avec des inconnus quotidiennement -truly inspirating!
- avait trois filles auxquelles il tenait plus que tout au monde, au point de faire beaucoup de bornes assez souvent pour aller leur rendre visite.

Nos discussions ont occupé toute la soirée: plus de 2h à discuter avec un mec que l'on ne connaissait pas quelques heures auparavant, et qui a accepté de se lâcher devant des inconnues. On a découvert une personne assez incroyable, d'une grande générosité et avec de belles valeurs. S'il se méfiait d'Eszter-the-gangster à cause de son bandana rouge, il a été très touché par Eszter-the-artist et le portrait de lui qu'elle avait dessiné. 

Cet échange restera un des meilleurs souvenirs du voyage!
Et malgré sa pudeur (qui l'eut cru!), nous avons réussi à prendre une photo avec lui, histoire d'immortaliser cette nouvelle rencontre:

THANK YOU SO MUCH JAKE!!!!

Leçon du jour: la persévérance ça paye! (eh oui, nous étions retournées 3 fois devant le motel)


Jour 14, part. 1 - L'art d'être à la Page...

Réveillées assez tôt, dans une tente toujours debout (ouf!), Gaëlle et moi avons pu profiter d'un magnifique sunrise au-dessus de Monument Valley, qui se dessinait progressivement dans la pénombre. Autant le dire, il y a pire comme réveil:


Pendant qu'on immortalisait ce spectacle, une touriste, française, plutôt bavarde pour un matin, nous tapait la discut' et sans le savoir nous a permis d'avoir un bon fou-rire avec Gaëlle. Après nous avoir dit où elle se rendrait dans la journée, elle nous a logiquement demandé où nous nous rendrions: en toute spontanéité, nous lui avons dit Page (comme une page de bouquin), ce à quoi elle répondit qu'elle ne connaissait pas, bizarre... Puis après plusieurs minutes, elle a compris qu'en fait nous voulions parler de "Peïge", en Arizona, à 200 bornes d'ici! La scène a donné plus ou moins ça:
"Page? Hmm, je ne connais pas... (quelques minutes passent) Aaaaaaaah, "Peeeeïïïïïge", vous voulez dire! Maintenant je vois...."
Conseil du jour à toutes les personnes ne voulant pas se faire remarquer auprès d'autres français: sachez-le, la ville ne se prononce pas comme une vulgaire page! C'était évident... 

Bref, après cet épisode viens-par-ici-que-je-t'apprenne-à-parler-anglais, petit déj' puis on remballe car même si "Peïge" n'est pas bien loin, on aura de quoi faire sur place, et même plus qu'initialement prévu, vous allez comprendre.
Si le sunrise et le départ de MV ne laissait pas du tout présager ça, 




nous avons eu droit à notre premier jour de pluie (même le ciel célèbrerait-il à sa manière l'anniversaire du 11 Septembre?!), et autant dire qu'il en tombait pas mal en plus! Il aurait plu en plein milieu de Death Valley, cela nous aurait été bien égal, au pire le bruit des gouttes sur les fenêtres de notre chambre auraient accompagné le doux bruit du ventilo. Mais là, le plan pour la nuit c'était de camper sur une plage, à la sauvage... 

Pas grave, on va dans une ville où le nombre de motels se compte par dizaine d'après le Routard, on arrivera bien à nous trouver une chambre pour la nuit! Et puis peut-être que d'ici ce soir, il ne pleuvra plus, et qu'un méga grand soleil super chaud va tout sécher comme par magie... En attendant, cela permet à Eszter et Gaëlle d'arborer fièrement leur K-way:





Malheureusement, une fois arrivées à Page, pas de miracle; et ce n'est pas faute d'arriver dans une ville hyper croyante: sur une même rue, on a pu compter pas moins de 9 églises, aux noms tous plus biscornus les uns que les autres! L'Amérique profonde dans toute sa splendeur, sans oublier les 4*4 surdimensionnés bien évidemment:


 utilité d'un tel engin??? ils sont fous ces Américains !


Premier arrêt obligatoire au musée/VC, histoire de réserver notre excursion dans les Antelope Canyons pour demain. Car après MV, les Navajo ont également fait main basse sur ces splendeurs de la nature, et là encore c'est un méga business qui s'est développé, comme on le découvrira dans un peu plus de 24h.
Bref, nous sommes tombées sur un gars trèèèèèès bavard mais très sympa; peut-être parce que je lui faisais penser à sa voisine qui était une fana de fitness... C'est cela oui, c'est tout à fait moi! Après avoir réservé nos places, il ne nous a guère rassuré sur l'évolution de la météo pour le reste de la journée: bon, on risque de dormir sous la pluie...

Etant encore un peu optimistes, on décide de d'abord filer au Glen Canyon Dam, à la sortie de la ville, histoire d'aller un peu s'instruire sur le barrage qui canalise le Colorado et a ainsi créé le second plus grand lac artificiel des States: le Lake Powell!
Après avoir réservé notre visite pour l'aprem (ah oui, il faut réserver... on ratera notre créneau, ce qui ne nous privera pas de visite pour autant.. le truc légèrement inutile, en gros!), retour à Page pour casser la croûte et partir en quête d'un motel, c'est décidé. 

Réflexe neumbeur ouane: regarder les adresses dans le Routard, pour en choisir un pas trop cher (bah, oui c'était pas dans le budget initial, la plage c'était gratos). Et là nous sommes intriguées par la description assez sympa d'un "motel à l'ambiance Tom et Jerry...", et aux prix raisonnables de surcroît. Qu'est ce que c'est que ça? On veut voir: Santa Fe nous y emmène en quelques coups de volants, et là on trouve une porte fermée, malgré la pancarte "Nouvelles chambres disponibles". C'est peut-être parce qu'il est midi? Ok on repassera après le déjeuner. 

Après le déjeuner, toujours porte fermée: tant pis pas de nuit ambiance cartoon ce soir... On fait donc le tour des motels voisins: tous complets!!! (on est allées en voir au moins 5-6) Et ce à cause des gens comme nous, comprendre les Européens, qui squattent Page car située au centre de pas mal de parcs nationaux. On commence à se faire à l'idée du camping sur la plage; avantage: les sardines s'enfonceront easy peasy dans le sable...... 
Allez, parce qu'on y tient vraiment, un dernier détour vers chez Tom et Jerry, pour être sûres. Et là: Inchalleluya, la porte est ouverte!!! C'est un début, encore faut-il qu'il y ait une chambre de libre. Dans le bureau, ce n'est ni sur Tom, ni sur Jerry qu'on tombe mais sur Jake, accroché à son téléphone et qui s'occupe déjà d'un autre client au comptoir. Entre deux phrases il nous décroche un "Ladies, I'm sure I've got something for you, please wait." 
Ok, on va attendre... Et vous aussi du coup, pour faire plus ample connaissance avec notre héros d'un jour, qui était bien réel (et non pas sorti des studios MGM) et méritait un post dédié.

Une fois un toit trouvé pour le soir, retour au Glen Canyon Dam: on a juste raté notre créneau de 30 minutes... Mais on s'en fout, ce soir on ne dormira pas sous la flotte grâce à Jake
Et puis, on peut visiter quand même: au final, cette journée qui s'annonçait plutôt moche était en train de bien tourner, histoire de redonner le sourire à Gaëlle qui avait planifié cette partie du voyage. C'est d'ailleurs pleine d'entrain que la miss va faire un mini strip show dans la voiture, afin de troquer son jean contre un short:


c'était très drôle à observer comme scène!

Bref, revenons-en à notre barrage:



 ça a de la gueule quand même (216 petits mètres de haut) 

ce pont était le plus long du genre (arche en acier) à l'époque (fin des années 50)

Je n'ai pas tout retenu de la visite, mais un fait marquant: la quantité de béton utilisée pour construire ce barrage (des millions de m3), aurait permis de construire une route de 4 voies reliant Phoenix à Chicago, soit plus de 2300 km!!! En même temps, il en faut de la place pour héberger toutes les turbines:


c'est à faire pâlir d'envie EDF...


Et puis au cas où vous auriez du mal à imaginer, la taille des turbines était assez impressionnante, comme le démontre votre guide d'un jour:

Après cette visite qui nous a rendues moins ignorantes, direction la Scenic Drive longeant le Lake Powell: 


 une minuscule partie du Lake Powell (le barrage se situe au fond à droite)


Malgré le temps moche, on tenait à aller jusqu'où nous aurions dû camper, histoire de ne pas du tout avoir de regret. Après quelques miles, nous arrivons à Lone Rock, et on comprend vite le nom du lieu:


I'm a poor lonesome rock in the middle of water... 


Malgré le temps très moche, et le froid, on ne perd pas de notre motivation, et notamment grâce à Rihanna et son tube planétaire d'alors "where have you been": c'est en écoutant un peu trop fort, qu'on a pu passer pour des filles complètement tarées, auprès d'un couple de Français garés non loin sur le parking (oui, les Français sont partout!!!). Mais bon on a bien rigolé, n'est-ce pas Eszter ;)

(Pour ceux qui veulent (re)découvrir ce tube, c'est par là : http://www.youtube.com/watch?v=HBxt_v0WF6Y)

Après ce mini interlude musical, de grande classe, on est allées se dégourdir un peu les jambes sur la plage: 



Mais bon, il ne fait pas chaud, et il faut qu'on fasse des courses pour ce soir (il faut profiter d'avoir une cuisine équipée). Sur la route retour, capture d'un rayon de soleil ayant percé les nuages, mais qui s'éloigne bien trop vite malheureusement...


attends, reviiiieeeeeeeeens!


Je vous ai déjà dit que les Américains voyaient en grand, voire très grand? Il n'y a qu'à constater:

j'aime! le maïs... 


Je ne sais pas combien de temps on a passé dans le market, mais assez longtemps pour pouvoir apprécier une fin de sunset magique: le soleil avait finalement décidé à percer au travers des nuages, pour littéralement enflammer le ciel




Et ce spectacle, n'était que le début d'une très bonne soirée... Suite au prochain post, dédié à mister Jake, notre deuxième rencontre marquante du trip.